#IWD2020 – Rencontre avec Cécile Real, CEO d’Endodiag

L’égalité entre les femmes et les hommes fait régulièrement l’objet d’échanges dans les médias ou sur les réseaux sociaux, notamment lors des journées dédiées à cette problématique. Faire progresser les mentalités dans certains métiers traditionnellement à dominante masculine ne s’improvise pas. La « MedTech » est un domaine où le manque de mixité s’observe également.

Pour en savoir plus, nous sommes allés à la rencontre de Cécile Real – CEO d’Endodiag.

 

 Endodiag, c’est qui, c’est quoi ? Pitchez-nous votre entreprise !

Endodiag est une société innovante, dont le cœur de métier est centré sur le développement de solutions diagnostiques pour améliorer la vie des patientes atteintes d’endométriose.

L’endométriose est une affection gynécologique majeure et invalidante, qui touche 10% des femmes en âge de procréer, soit près de 180 millions de femmes dans le monde. Elle se traduit par des douleurs sévères, chroniques (crampes menstruelles, des douleurs invalidantes, fréquentes dans le bas du dos, au niveau du bassin et de l’abdomen, des mictions douloureuses et des menstruations très irrégulières et excessives), souvent insoutenables et une infertilité chez plus de 40% des patientes. Actuellement, l’endométriose n’est diagnostiquée avec certitude que par chirurgie laparoscopique sous anesthésie générale. Ce diagnostic est réalisé lorsque les douleurs deviennent intolérables pour la patiente et/ou lorsque l’envahissement de la cavité abdominale est massif avec des formes très sévères de la maladie. Il intervient en moyenne plus de sept ans après l’apparition des premiers symptômes.

Le coût sociétal annuel de l’endométriose se porte à 78 et 77,5 milliards d’euros pour les Etats-Unis et pour les principaux pays européens respectivement. Ce coût de l’endométriose, tout comme le nombre de patientes atteintes, est comparable à celui d’autres maladies chroniques telles que le diabète de type II.

Endodiag développe plusieurs tests pour relever les défis majeurs de cette maladie : un diagnostic précoce par simple prise de sang et des outils pronostiques pour personnaliser la prise en charge de chaque patiente.

 

Quels sont vos ambitions, vos objectifs pour votre entreprise ?

La vision que nous avons depuis le début est qu’un diagnostic précoce de la maladie est crucial pour limiter la progression de la maladie, personnaliser la prise en charge et enfin pour la patiente elle-même. Nous croisons beaucoup de patientes qui se sont senties malades pendant 5, 7 voire 9 ans sans jamais pouvoir mettre un nom sur cette maladie et sans être reconnues comme malades. Cela a des conséquences désastreuses sur leur vie sociale, professionnelle et personnelle.

Endodiag a une dimension mondiale, nous finalisons tout juste le premier essai clinique international pour le diagnostic de l’endométriose : 1300 patientes ont participé, grâce au soutien de centres experts reconnus mondialement dans 9 pays différents (Europe, Amérique du nord et Moyen orient). Nous allons démarrer le développement industriel de notre premier test de diagnostic précoce afin de proposer rapidement une solution aux médecins et aux patientes.

Nous espérons ainsi, avec l’aide de partenaires commerciaux, impacter significativement la qualité de vie de millions de femmes.

 

Vous avez créé votre première entreprise à 25 ans. Quelle est votre vision de l’entrepreneuriat féminin dans l’industrie des technologies médicales ?

La situation a heureusement évolué dans le bon sens et l’entrepreneuriat féminin y est plus représenté même s’il reste encore largement minoritaire. Il y a 20 ans, il m’est très souvent arrivée d’être la seule femme dans une assemblée d’entrepreneurs, aujourd’hui, cela n’arrive plus. Les métiers de cette industrie : sciences de l’ingénieur, informatique, chirurgie, etc. sont historiquement plutôt masculins mais ils se féminisent petit à petit. Il reste toutefois encore des progrès à faire : les femmes sont par exemple sous représentées dans nos conseils d’administration (Endodiag faisant figure d’exception puisqu’il est majoritairement féminin). C’est dommage car l’équilibre de vision et de sensibilité est un vrai atout pour une entreprise. Je vois aussi encore trop de jeunes entreprises dans lesquelles tous les co-fondateurs et tous les managers sont des hommes. Là encore, il me semble dommage que ces équipes ne soient plus équilibrées.

 

 

En tant que « Woman in medtech », quels conseils donneriez-vous aux femmes qui veulent se lancer dans ce domaine ?

La première chose est vraiment d’avoir confiance en soi, en son instinct et en son projet. L’entreprenariat est un métier passionnant mais difficile qui nécessite beaucoup de résilience. Il y a forcément beaucoup d’inconnues lorsque l’on démarre. Il ne faut pas en avoir peur mais les gérer avec sérénité au fur et à mesure que le projet se développe et parfois savoir s’adapter à des situations nouvelles.

La deuxième est de bien s’entourer, de connaitre ses forces et ses faiblesses et d’aller chercher des gens meilleurs là où l’on est un peu moins bon. Notre industrie du Medtech est de plus en plus complexe : barrière réglementaire plus élevée, problématique de remboursement dans des systèmes de soins contraints financièrement, changement des parcours de soins, arrivée de nouvelles technologies comme l’IA, etc; Il est difficile, si ce n’est impossible, de maitriser parfaitement tous les sujets et donc indispensable s’entourer.

Un projet a besoin d’un leader mais son succès repose sur une équipe, c’est utile d’avoir des gens différents autour de soi, d’accepter de se faire challenger pour grandir et de garder sa capacité d’écoute.