La Deep Tech, une galaxie pas si lointaine

A l’Ouest de Paris se situe le plateau de Saclay, un « hub » qui regroupe la fine fleur scientifique et universitaire de France. We Are Innovation BNP Paribas s’est implanté juste à proximité. Quoi de mieux pour détecter et lancer des projets Deep Tech que d’être au cœur d’un vivier de talents ? Voilà pourquoi Franck Maistre a été, en 2015, à la tête de la création de l’incubateur WAI Massy-Saclay par BNP Paribas. Interview.

Pourquoi WAI a ouvert un incubateur à Massy-Saclay ?

« Nous avions déjà une présence dans cet écosystème avec un banquier spécialisé innovation. Notre intention était d’aller plus loin et de connecter nos clients et les startups. Saclay est le 1er pôle d’excellence universitaire français, avec de prestigieuses écoles, HEC, l’ENS, Polytechnique et l’Université Paris-Saclay. Le plateau regroupe également 11 000 chercheurs, plusieurs grands groupes. Il était essentiel d’aller sur un territoire riche d’idées et de créativité. »

Quelle est la particularité de la Deep Tech ?

« La Deep Tech est synonyme de projets visionnaires. A Massy-Saclay, le WAI s’est spécialisé dans ce secteur qui implique des investissements sur la durée. Quand on travaille sur des projets liés à l’espace, les géosciences, cela se fait sur des délais importants avant la production et la commercialisation. Nous sommes là pour ces sociétés qui ont besoin de temps pour passer de l’idée à la concrétisation. »

Quels outils sont à disposition des entreprises dans cet incubateur ?

« En 2015, nous avons créé le programme d’open innovation WAI Boost, qui fait le pont entre nos clients entreprise traditionnels et les start-ups. En même temps, nous avons ouvert deux lieux avec chacun un programme d’accompagnement spécifique à leur écosystème. Sur Massy, nous avons déployé un incubateur référencé Deep Tech depuis 2019 par Bpifrance, et sur Paris un accélérateur de startups plutôt digitales. C’est avec notre écosystème d’experts que nous accompagnons ces start-ups sur la stratégie, les outils de pilotage financier, le brand content, etc. »

Est-ce avant tout une question de réseau ?

« Le WAI se positionne en tiers de confiance. Nous sommes en lien avec les acteurs du digital, avec toutes les initiatives de Bpifrance, qui accompagne chaque forme d’innovation. C’est un bras armé financier pour la French Tech. Ils ont décliné des programmes d’accompagnement spécifiques, dont celui de la Deep Tech, avec un fond spécialisé. Nous sommes liés à cet écosystème, comme à celui de la recherche publique.

Deux univers se rejoignent ainsi, car à Massy-Saclay, il y a des entreprises privées et des laboratoires de recherches publics. Il faut donc relier ces deux mondes, aussi complémentaires qu’essentiels. Les initiatives sont à saluer car elles favorisent ce lien. »

Et la sélection ?

« Nous ne pouvons pas, dans ces univers pointus et tellement spécifiques, être spécialisés dans toutes les technologies proposées. Notre stratégie c’est le développement business… Quand nous recevons des candidatures, le premier critère, est de savoir si l’équipe nous donne envie. Sur un projet qui va mettre parfois 10 ans à aboutir, nous voulons être sûrs du ”critère humain” qui le porte. J’attache beaucoup d’importance à la conscience d’être entrepreneur. Il y a des moments d’euphorie, et des moments difficiles. Il faut être capable de les passer, c’est le facteur humain qui va être moteur. Deuxième critère, la capacité à faire venir des gens dans son projet, la partie RH et les fonds d’investissement sont aussi capitaux. »

WAI cherche-t-il à jouer un rôle de pivot dans ces écosystèmes ?

« Nous sommes un des rares acteur de l’innovation à avoir une expérience aussi dense. Pour le secteur Deep Tech, nos chargés d’affaires spécialisés sont aux côtés des start-ups de territoires d’exception comme Saclay bien sûr, Grenoble, Toulouse ou encore Sophia-Antipolis. Ces écosystèmes associent recherche publique à travers des laboratoires comme le CEA, le CNRS ou encore l’Inria, des dispositifs de transfert de technologie, l’enseignement supérieur avec des écoles ou des universités de renom, et un tissu économique porté par des grands groupes industriels comme Airbus à Toulouse. Côtés fonds d’investissement, en dehors de nos équipes qui peuvent investir dans des start-ups Deep Tech avec un certain degré de maturité, nous avons également investi dans des fonds dédiés tel que le Paris-Saclay Seed Funds, ainsi que des fonds gérés par Kurma Partners (spécialistes en santé), Elaia Partners, Serena Capital (acteurs de l’IA) ou Sofimac. »

Quels sont les exemples de succès récents dans la Deep Tech du WAI ?

« Exoneo et SpotLight sont deux succès Deep Tech que nous avons suivi durant 4 ans. Ils sont respectivement lauréat Grand Prix Ilab 2019 et Ilab 2018. Nous avons également incubé et accéléré PhDTalent, qui a pour objectif de faire les liens entre les Docteurs (PhD) et les entreprises. Nous sommes partenaire du PhD Talent Career Fair, premier forum de recrutement des PhD en Europe, qui a lieu la semaine prochaine (19 et 20 novembre), comme Hello Tomorrow également. »

Et demain ?

« L’industrie Deep Tech se projette dans le temps. Nous mettons en valeur ces technologies futures et arriverons à des révolutions dans quelques années. Notre proposition de valeur est unique sur le marché et, à ma connaissance, il n’y a pas d’acteur privé qui ait ce champ d’intervention ».