Startups : le recrutement n’est pas toujours un long fleuve tranquille

Baptiste Vavdin, co-fondateur de Mobiskill, cabinet de recrutement spécialisé dans la tech, détaille les difficultés rencontrées par les start-ups au moment de recruter certains profils.

Comment expliquer qu’un écosystème aussi porteur que celui des start-ups puisse avoir des difficultés à recruter à certains postes ?

C’est justement parce-que cet écosystème est dynamique que le recrutement n’est pas toujours évident. Partout en France, il y a désormais un déséquilibre entre l’offre et la demande. Quand on a créé Mobiskill il y a 10 ans, les startups se comptaient presque sur les doigts d’une main. Aujourd’hui, il s’en crée de nouvelles chaque jour.

L’attrait des candidats pour ce secteur ne se dément pas. Mais dans certains domaines, le nombre de talents potentiels qui sortent des différentes écoles d’ingénieurs ne sont pas suffisamment nombreux pour combler l’appétit de toutes les startups. C’est le revers de la médaille de la – trop ? – forte croissance de cet écosystème. Et le phénomène a tendance à s’accentuer.

Quelles sont les startups les plus concernées par ces difficultés ?

Celles dont le niveau d’exigence est non conforme à ce qu’elles sont en mesure de proposer en échange. Certaines jeunes entreprises ne prennent pas suffisamment de temps pour évaluer leur attractivité dans un environnement donné.

Chez Mobiskill, il nous arrive de rencontrer les chargés de recrutement de startups qui n’ont aucune conscience des faiblesses que leur société a à combler pour attirer certains talents. Pour bien recruter, il faut être capable de se remettre en question et prendre aussi en considération la concurrence.

Le modèle économique plus fragile de certaines startups peut également parfois freiner l’enthousiasme de certains talents.

Par ailleurs, de plus en plus de candidats recherchent des sociétés avec des valeurs ou un positionnement métier porteur de sens. Par exemple, une startup dans la MedTech avec une politique RSE plutôt ambitieuse n’aura pas trop de problème pour recruter des candidats de haut niveau. A l’inverse d’une entreprise avec un business model plus classique ou moins soucieuse de son impact environnemental.

Quels sont les profils les plus complexes à recruter ?

Tous les candidats avec une expertise plus technique sont difficiles à trouver. Dans la FinTech, comme la FoodTech, la CleanTech, la HealthTech, etc, la pénurie concerne essentiellement le développement informatique, la data et le product (conception et réalisation). Aujourd’hui, les développeurs qui maîtrisent le langage de programmation JavaScript sont parmi les plus recherchés, alors qu’ils sont peu de candidats à posséder cette compétence.

Les profils de niche peinent aussi à trouver preneur. En France, il existe de plus en plus de startups que l’on appelle des licornes ou éligibles à l’être. Il y a aussi des startups qui scalent très fortement. Ces boîtes recherchent des super candidats, des talents très qualifiés et polyvalents. Dans ce cas, même les profils fonctionnels (marketing, communication, etc.), à l’instar d’un head of sales ultra expérimenté, peuvent se révéler difficile à recruter. Ce qui est moins le cas aux Etats-Unis, en raison d’une culture différente et d’un marché plus mature.

 

Comment les startups peuvent s’y prendre pour se faciliter la tâche ?

Les best practices que je peux donner relèvent du bon sens. Le premier est d’être bien organisé, d’avoir une bonne compréhension de ce que l’on recherche. Car parfois, les freins qui complexifient un recrutement se trouvent en interne. Il faut donc que les choses soient claires pour tout le monde.

Il faut aussi que les startups soient porteuses de valeurs bien identifiées, pouvant être mises en avant facilement auprès des candidats qu’elles approchent. Les profils les plus difficiles à recruter vont chercher un challenge technique, un salaire, mais aussi des choses moins tangibles comme des convictions, un état d’esprit. Les startups doivent donc avoir un process de recrutement en accord avec ce qu’elles souhaitent véhiculer.

En outre, il est essentiel que les startups se montrent réactives. Le nombre de candidats étant moins importants que le nombre d’opportunités, les bons profils sont très sollicités. Celle en mesure de dégainer l’offre le plus rapidement sera la mieux placée pour recruter le profil chassé.

Enfin, il faut être conscient que les candidats peuvent parvenir via des canaux multiples, gratuits comme payants : cooptation, réseaux sociaux, job boards, cabinets de recrutement. Ce sont les sociétés qui comprennent et maîtrisent tout cela qui parviennent à recruter le plus facilement.